jeudi 19 mars 2009

Avec l’argent public, AIG paie ses dettes et sa tournée en bonus

Liberation.

NEW YORK, correspondante MARIA PIA MASCARO

La double révélation ce week-end qu’AIG a versé 165 millions de dollars (127 millions d’euros) de bonus à ses cadres et payé ses dettes à plusieurs banques américaines et européennes a soulevé un tollé à Washington, alors que le géant de l’assurance doit sa survie au contribuable américain, qui a allongé 170 milliards de dollars depuis septembre pour le maintenir à flots. Pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir, Barack Obama risque d’être écorné par ces scandales, l’Amérique ne comprenant plus les faveurs accordées aux responsables de la crise qui mine le pays. Le Président a entendu l’alerte et dénoncé, hier, «le comportement imprudent et cupide» d’AIG et ordonné que tout soit fait pour bloquer le paiement de ces bonus. D’ores et déjà, la justice américaine a reclamé les contrats et les performances des salariés à prime. AIG avait affirmé qu’il était dans l’obligation légale de verser des primes au personnel de sa division financière - qui a fait perdre 99 milliards de dollars en 2008. Le montant des bonus varie de 1 000 dollars à plus de 6,5 millions.

Dans le même temps, après des mois de requêtes du Congrès, l’assureur a dévoilé dimanche le nom des institutions qui ont bénéficié du remboursement de sa dette : Goldman Sachs (12,9 milliards de dollars), la Société générale (11,9 milliards), Deutsche Bank (11,8), Barclays (8,5) et UBS (5). Ce qui montre à quel point le renflouement d’AIG a sauvé la mise aux banques européennes.


A un moment où les Américains voient la valeur de leurs biens immobiliers plonger et le taux de chômage s’envoler, où les syndicats sont forcés de revoir leurs contrats, les attitudes conciliatrices à l’égard de Wall Street ne passent plus. Au Capitole, plusieurs députés ont exigé une action musclée de l’administration. «Ces gens-là ont peut-être droit à leur bonus, mais ils n’ont pas un droit éternel à leur poste», a lancé le démocrate Barney Frank, président de la puissante commission financière de la Chambre des représentants, rappelant que le gouvernement détient désormais 80 % des actions d’AIG. L’organisation démocrate MoveOn.org, qui avait soutenu la candidature d’Obama, a alerté ses 3,5 millions de membres pour qu’ils demandent au secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, de récupérer ces bonus.

Message reçu. Hier, Obama ordonnait à Geithner d’explorer tous les moyens légaux à disposition pour bloquer les primes. L’urgence est de mise pour le Président, alors qu’il entend présenter de nouvelles mesures de soutien à l’économie et au secteur bancaire.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.